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Interview de Hervé Le Phuez, directeur de la programmation du FIFF

Oct 2, 2020 3:08:28 PM / by Marie Mathieu

Le coup d’envoi de la 35ème édition du Festival International du Film Francophone de Namur a été donné ce vendredi 2 octobre. A cette occasion, Moonday a eu l’opportunité d’interviewer Hervé Le Phuez, directeur de la programmation du FIFF. Celui-ci nous parle de la sélection, des changements et nouveautés mis en place cette année et de ses espoirs concernant l’avenir du festival.

 

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                                                              Hervé Le Phuez (© FIFF)

Que pouvez-vous nous dire sur la programmation de cette 35ème édition du FIFF ? Est-ce une édition particulière dans ce contexte de crise sanitaire ?

Nous avons dû ces derniers mois réfléchir à la formule à adopter et nous nous sommes mis d’accord sur le fait que nous voulions conserver un festival en vrai. Le plus gros changement se ressent au niveau de la compétition. Nous proposons habituellement deux compétitions pour les longs-métrages : la compétition officielle et la compétition première œuvre de fiction, avec plus ou moins une douzaine de titres dans chaque compétition. Cette année nous avons décidé de ne conserver qu’une seule et unique compétition, la compétition officielle, dans laquelle vont se mixer à la fois les premiers films et les films d’auteurs plus confirmés. Au niveau des courts-métrages, nous avions aussi deux compétitions, mais nous avions déjà décidé au mois de janvier de changer la donne et de n’avoir qu’une seule et unique compétition, la compétition du Court, dans laquelle nous mélangeons à la fois les courts-métrages de la fédération Wallonie-Bruxelles et les courts-métrages internationaux francophones.

Nous présentons également des films hors-compétition, notamment dans la section des Pépites, qui présente des longs-métrages qui vont sortir en salles dans les semaines à venir. Ensuite, nous avons gardé la section Place au doc belge!, dans laquelle nous présentons cinq documentaires belges relativement récents, dont deux qui sont présentés en avant-première mondiale. Il est important de garder cette vitrine “cinéma belge”, qui fait partie de l’ADN du festival.

Enfin, nous conservons aussi nos séances spéciales, avec notamment les séances FIFF en série, qui permettront au public de découvrir la nouvelle série de la RTBF Invisible, ainsi que 2 épisodes de la saison 4 de Dix pour Cent. De plus, nous avons décidé très tôt de donner carte blanche au BIFFF (Brussels International Fantastic Film Festival), qui a été annulé cette année. Notre désir était d’instaurer un sentiment de solidarité entre les festivals. Ainsi, nous diffuserons un film flamand, Yummy, et Julia, un court-métrage, en compagnie d’un présentateur du BIFF, pour essayer de recréer l’ambiance assez particulière de ce festival mais à Namur. 

 

Suite à la pandémie de Covid-19, quels sont les changements et nouveautés qui ont été mis en place cette année au niveau de l’organisation ? Comment avez-vous envisagé les rencontres professionnelles, étant donné qu’elles sont un des événements importants de l'organisation du FIFF ?

En partant de l’hypothèse que le festival pourrait bel et bien avoir lieu en salles et à Namur, nous sommes partis très tôt du principe que nous n’aurions pas le chapiteau, qui est un peu le cœur du festival. Nous avons donc axé l’édition sur le réinvestissement des lieux namurois, que ce soit dans le milieu culturel ou même l’HORECA, pour soutenir aussi ce secteur qui a été fortement touché. Nous avons instauré un système de bars partenaires, dans lesquels nous allons inviter les gens à se retrouver. Ce sont ces événements dans différents lieux de Namur qui vont permettre à la ville de vivre aux couleurs du festival pendant une semaine.

Ces événements comprennent par exemple une lecture de scénario à la Maison de la Poésie, la projection d’une web-série au théâtre, une projection de la section animation de la Haute Ecole Albert Jacquard, à qui nous donnons carte blanche pour présenter le meilleur de leurs productions, … Nous organisons aussi une rencontre avec des représentants de l’ARFF (L’Association des Réalisateurs et Réalisatrices Francophones), à qui nous donnons la parole pour qu’ils rencontrent le grand public et qu’ils expriment leur réalité en temps de Covid et les conséquences de cette crise dans leur vie de tous les jours.

Ensuite, il y a le FIFF OFF, qui a été créé cette année et remplacera le chapiteau, Place d’Armes. Nous y avons installé un écran LED sur lequel nous allons diffuser à la fois la compétition des clips belges de l’association VKRS (Video Killed the Radio Star), ainsi qu’une création du Mash-up film festival de Paris, le Pop Mash-up Dancefloor. Des programmations avec le KIKK sont aussi prévues : nous allons projeter leurs œuvres d’art numériques.

En ce qui concerne le FIFF pro, c’est-à-dire tout le volet concentré sur les rencontres et ateliers professionnels, il était important pour nous de maintenir ces activités, même si nous ne pouvions pas faire tout comme les années précédentes, car les partenaires qui nous aident à faire ce volet FIFF Pro ont aussi connu des soucis financiers. Nous avons donc décidé de garder des ateliers mettant en avant les professionnels belges.

Nous proposons cette année l’atelier La Manufacture XXL, qui nous permet d’accompagner les jeunes réalisateurs et réalisatrices belges dans leur parcours vers le long-métrage, car nous nous sommes rendus compte qu’entre la sortie de l’école, le premier court-métrage et le passage au long-métrage, il se passait beaucoup de temps. Nous offrons également un atelier de coaching pour les jeunes comédiens avec une coach belge qui est basée à New York et qui pendant 4 jours va prendre en charge une quinzaine de comédiens. Le 3ème personnage, qui est l’atelier sur la composition musicale, sera maintenu mais en ligne.

A côté de ça, nous gardons la journée du cinéma belge qui sera dans un format hybride, entre les personnes qui viennent voir des extraits en salle et la rediffusion de ces rencontres en direct sur le site. L’Actu des pro aura lieu à Namur le jeudi, et portera sur l'éco-responsabilité des tournages. (Pour en savoir plus sur les ateliers professionnels proposés par le FIFF, cliquez ici).

 

Comment les projections sont-elles organisées cette année ? Les professionnels et visiteurs ont-ils la possibilité d’accéder à des séances en ligne ?

Nous disposons cette année de trois salles au lieu des cinq habituelles : deux au Caméo et une au Delta, avec une capacité de 50% pour chacune de ces salles. Il y aura uniquement quatre séances par jour, afin de laisser plus de temps entre les séances pour le nettoyage. Nous avons mis en place une collaboration avec deux plateformes VOD, une pour les pros et journalistes et l’autre pour le grand public. Comme nous n’avons pas de salle pour faire de vision de presse cette année, nous avons développé avec Festival Scope, qui travaille avec beaucoup de festivals à l’international, une vidéothèque en ligne pour les professionnels et la presse, afin qu’ils puissent visionner les films qui sont projetés dans le cadre du festival. Pour le grand public, nous sommes en collaboration avec la plateforme Ciné chez vous, qui offre la possibilité d’acheter des tickets afin de visionner certains des films de la programmation, à partir du lendemain ou deux jours après leur programmation à Namur, et ce pour 24h.

 

Quels sont vos espoirs et inquiétudes pour cette édition et les années à venir ?

L’espoir cette année, c’est que ce que nous proposons donne envie aux gens de retourner en salle. Nous espérons servir de moteur grâce à la programmation proposée et ainsi que les spectateurs dépassent les contraintes pour revoir les films sur grand écran et partager leur expérience. 

Nos craintes se dirigeaient plutôt vers les réalisateurs et comédiens. L’intérêt d’un festival est de pouvoir partager les films avec leurs auteurs et leurs talents. Nous avions peur que cela puisse manquer cette année. Certes, les réalisateurs québécois ou africains ne peuvent malheureusement pas venir, nous avons donc organisé en amont des séances de questions/réponses que nous allons passer après leurs films pour qu’il y ait quand même un moment, même virtuel, d’échanges autour de leurs productions. Cependant, nous sommes très étonnés et heureux de voir à quel point les français ont eu envie de venir défendre leurs films. Nous avons ainsi une présence française importante qui est un vrai plus pour le public.

Nos inquiétudes pour les années à venir concernent le financement de l’évènement puisque nous sommes rentrés dans une crise économique qui ne va pas laisser le milieu culturel indemne. Ce sera le défi à relever: réussir à maintenir un évènement même si demain les subsides publics et les sponsorings privés seront plus compliqués à trouver. Néanmoins, je pense que le désir de vivre l’expérience du festival, de partager ces moments collectifs et communs à la découverte des films seront toujours bien là... avec ou sans masque.

Written by Marie Mathieu

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